Photographies d'hier et d'aujourd'hui.

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Aincourt : l'histoire.

 

 
 
Le sanatorium

Aincourt : un petit village du Vexin français, à la limite nord-ouest de l'ile de France, entre Mantes la Jolie et Pontoise. C'est le 2 juillet 1929 que le Conseil Général de la Seine et Oise y décide la construction d'un Hôpital-Sanatorium dont la première pierre est posée le 29 octobre 1931. Le projet, architecturalement novateur, comprenait trois bâtiments principaux figurant "un transatlantique vivant, prêt à voguer vers la haute mer". L'ouverture a lieu le 18 juillet 1933 : 100 lits confiés au Dr Albert Feret, élève du Pr Léon Bernard, spécialiste des traitements médicaux et chirurgicaux de la tuberculose (pneumolyse, thoracoplastie, phrénisectomie, collapsothérapie, etc. ...). L'ouverture à 500 lits a lieu en octobre 1933. En 1934, 150 hommes, 141 femmes, 127 enfants sont hospitalisés ; la même année, 209 patients quittent le sanatorium, 45 décèdent... ! Le pavillon des enfants ferme le 9 février 1939 ; le sanatorium ferme le 9 juin 1940.

 L'aspect du sanatorium lors de son ouverture : une vue aérienne des 3 bâtiments, l'un des bâtiments de soins en chantier et le bâtiment de l'administration.







"Aincourt le 23.4.37 Chère petite soeur, je réponds à ta lettre que j'ai reçu à midi et je te réponds en faisant ma cure. Je viens d'écrire à Reine vous avez reçu ma lettre ce coup ci j'attendais d'avoir des nouvelles de Reine et d'Emile mais d'Henri rien du tout ça va toujours bien j'ai été au muguet à midi et je t'en met quelques brins il n'est pas bien fleurit il fait beau aujourd'hui. Bien le bonjour à Maria Georgette Yoyo Roger Tiplouse Julie Suzanne Leone et à ton petit chéri Pierrot. Demande à M. Henri s'il est bien avec le directeur pour pouvoir venir avant les 4 mois ça fait pour le 15 Aout ou le médecin chef demande lui souhaite leur bien le bonjour pour moi et à tous les copains aux voisins que j'oubliais Bons baisers de ton petit frère qui pense à vous sans oublier petit Jean et Dédé."

      

La salle de radiologie (à gauche), le bloc opératoire (au milieu), la salle de pneumothorax à droite (ou collapsothérapie, geste consistant à introduire de l'air dans la plèvre, ce qui permettait au poumon de se rétracter et aux cavernes tuberculeuses de se refermer ; c'était l'un des seuls gestes thérapeutiques avant l'ère des antibiotiques). Ces documents datent sans doute de l'ouverture du sanatorium. 

"Ma Paulette chérie. Merci de ta gentille lettre. Tu n'as plus beaucoup de jour à compter pour venir voir ton papa. tu es contente un! Et bien moi j'en connais un qui est aussi content que toi et qui compte les jours impatiemment. Aurevoir à dimanche embrasse de tout ton coeur mémère pour moi ainsi que maman fais lui un calin de ma part et je t'embrasse bien fort. Ton papa qui pense bien à vous."

Le camp

 Le 5 octobre 1940 s'ouvre le premier camp d'internement administratif de la zone nord, en lieu et place du sanatorium. Les premiers internés arrivent le 9 octobre 1940: dans un bâtiment prévu pour 150 malades se retrouvent initialement 210 internés, 600 fin novembre 1940, 667 en juin 1941 ; essentiellement des cadres, élus et militants communistes de région parisienne. Un grand nombre est transféré vers d'autres camps, dont Chateaubriand (9 seront fusillés dont JP Timbaud), Compiègne, Drancy et les camps de la mort.

Les "politiques" sont remplacés par des femmes (résistantes et juives)  à partir de mai 1942, avant qu'elles ne soient transférées vers Drancy et Auschwitz.

Le camp ferme définitivement le 15 septembre 1942. Il a représenté un lieu de répression, de tri, organisé contre les communistes et les résistants, mis sur pieds et dirigé par Vichy, administré par les français, en collaboration étroite avec les nazis.

Une vue du camp d'internement sous la neige durant l'hiver 1940-41

"Aincourt le 18/3/42 Une petite carte pour te donner de mes nouvelles qui sont malgré tout bonnes tant du point de vue santé que moral. Je tiens aussi à te remercier pour ce que tu fais pour nous deux, malgré les grandes difficultés que vous devez rencontré pour votre ravitaillement. Heureusement que l'on va vers les beaux jours et j'ose espérais que ma carte vous tous, petits et grands, en bonne santé aussi, donc amitiés et bons baisers à tous."

L'école de police

Dès novembre 1942, la sanatorium accueille une école de police, formant des "groupes mobiles de réserve" (les miliciens).

Une cérémonie de remise de fanions a lieu le 31 mars 1943, en présence de René Bousquet, secrétaire général à la police. L'école est dissoute le 13 septembre 1943.

Photographie amateur de deux miliciens,
prise sur l'une des terrasses, datée de mars 1943,
sans doute lors de la remise des fanions par Bousquet.

Le pavillon d'entrée du parc de la Bucaille, tel qu'il est encore là aujourd'hui. Seuls le portail et, bien entendu, le bandeau ont disparu ! (Toute la vie, 26/11/1942)


Rassemblement des GMR devant, sans doute, l'actuel pavillon de la direction.
A l'heure actuelle, à peu près à l'endroit de la hampe du drapeau, se trouve le monument comméroratif à la mémoire des déportés ayant "transité" par Aincourt.

Un article de "Toute la vie", journal ouvertement collabo, daté du 26 novembre 1942 :
"Nous sommes en pleine forêt, dans le domaine de la Bucaille; à 208 mètres d'altitude : c'est le point le plus haut de Seine et Oise.
Cette plaque tournante est utilisée chaque jour par les élèves du Centre d'Instruction que l'actif Secrétaire général de la Police Nationale, M. Bousquet, vient de créer dans le Sanatorium désaffecté de la Bucaille Aincourt, à quelques kilomètres de Mantes." ....
"Ces Groupes Mobiles de Réserve seront des formations de policiers spécialement chargées du rétablissement de l'ordre troublé."
"Avis à ceux qui voudraient profiter de la période difficile que nous traversons pour attenter au calme si nécessaire au redressement de la France."

    

L'hôpital actuel

 

 Le sanatorium rouvre en 1945. Il est transformé en centre de rééducation et ne fonctionne plus, à l'heure actuelle, que sur un seul bâtiment. Les deux autres sont à l'abandon.

Une plaquette de présentation du sanatorium (centre moderne de traitement de la tuberculose pulmonaire) dans les années 60.

 

Vue actuelle du bâtiment rénové.

 




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